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Le respect, c'est dire non...
 

                       


Le respect, c'est dire non...à l'homophobie

Homophobie: affûter les armes
L anti-homophobie en est a ses balbutiements. La lutte contre les préjugés homophobes n'a en effet pas le recul historique du mouvement antiraciste. Toutes les associations gay en province et a Paris ont contribué et contribuent encore a combattre l'homophobie, mais de nouvelles associations ont récemment décidé d'y consacrer tous leurs efforts. Pour ces structures qui voient le jour depuis le début des années 90, il n'est plus possible de se contenter d'indignations morales et de réactions bien-pensantes. Elles cherchent encore leurs marques, peaufinent leur stratégie, mais le leitmotiv est toujours le même: aux discours de combat figés, substituer une connaissance objective des formes d'homophobie et les actions les plus concrètes possibles. "Il y a entre le racisme et l'homophobie une identité de fonctionnement, constate Pierre­André Taguieff, directeur de recherches au CNRS sur la question des racismes" (1). Mais l'anti-homophobie ne doit pas pour autant copier l'anti-racisme.
Le mouvement doit inventer ses propres modes de protestation et de contestation. Et s'appuyer sur ses propres données." Et c'est la ou le bât blesse: les actes homophobes, de l'injure feutrée a l'agression physique, sont peu étudiés en France et ils ne sont quantifiés nulle part. Impossible dès lors d'en dresser un tableau et une évolution pertinents. Conséquence logique : difficile d'aiguiser des arguments anti-homophobes ou de savoir a quoi s'attaquer en priorité. "Portez systématiquement plainte !", recommande SOS Homophobie. Les bénévoles de cette association fondée en juin 1994 ont choisi l'argument juridique contre les actes homophobes. "Beaucoup d'agressions se passent sur les lieux de drague, explique Gilles Condoris, membre de l'association. Elles ne sont pas toutes à proprement parler homophobes: les agresseurs cherchent a dépouiller ou dérober de l'argent... Après avoir écouté et rassuré les victimes, nous leur rappelons leurs droits... Et elles les ignorent souvent. La commission juridique de SOS Homophobie a ainsi mis au point des fiches
pratiques exhaustives pour les "écoutants". Dans le cas d'une agression physique ou d'une arrestation abusive : où porter plainte, faut-il faire appel a un avocat? Dans le cas d'une discrimination, dans le milieu professionnel par exemple, comment se battre devant les prud'hommes contre un licenciement en raison des moeurs? Parallèlement, l'association souhaite aussi affiner sa connaissance des actes homophobes : tous les appels anonymes sont détaillés sur des fiches récapitulatives. Malheureusement, le temps et l'argent manquent aux bénévoles pour exploiter ces données... D'autres associations mettent davantage l'accent sur la prévention de l'homophobie. Face aux allusions récurrentes, aux expressions implicites du discours homophobe, elles ont décidé de s'attaquer aux racines du mal.

Comment lutter contre les préjugés ?
Eduquer, éduquer éduquer. A son échelle, autour de soi, mais aussi a l'échelle de l'Education nationale. Ainsi, la récente amicale gay et lesbienne des enseignants Aglaé, créée en juin 1996, affiche une ambition claire rendre l'homosexualité visible dans les écoles, de la primaire à l'université. "Nous pouvons bouleverser les choses dans l'Éducation nationale, affirme Philippe Clauzard, membre fondateur d'Aglaé. Par exemple, dans les cours de français des collèges et lycées, par le biais de textes faisant des références explicites a l'homosexualité, ou en diffusant des albums à colorier pour les enfants du primaire - un homme et une femme qui se donnent la main, mais aussi un homme et un homme, une femme et une femme -, ou encore en organisant des conférences au sein de l'université, peut-être aussi en s'appuyant sur des cours d'éducation civique où l'on enseignerait la tolérance. Comment convaincre la forteresse de la rue de Grenelle de la nécessité de ces changements? "Il faut faire du forcing auprès des syndicats. Convaincre les gens par un discours intelligent, non pas en remontant a des arguments biologisants ou psychologisants, mais simplement en faisant des propositions concrètes." Le concret encore et toujours. Pierre-André Taguieff, l'un des premiers a avoir pointé les dérives de l'anti-racisme, met en garde la toute jeune offensive anti-homophobe contre trois illusions "l'illusion judiciaire", "l'illusion de l'ennemi unique" et "l'illusion du complot".
Tout d'abord, les homosexuels ne régleront pas tous leurs problèmes dans les prétoires : les solutions résident aussi dans l'appropriation de l'espace public, dans la discussion, dans le rappel constant de l'égalité des droits. "Il aura suffi d'un entretien entre des membres de SOS Homophobie et le directeur du magazine gratuit "Paris Boum Boum" pour que soient autorisées les petites annonces gay, précédemment boycotté, témoigne Gilles Condoris. Certaines discriminations surviennent souvent plus par ignorance ou par bêtise que par homophobie..." Ensuite, l'anti­homophobie ne doit pas se résumer a un commando anti-Le Pen car, précise Taguieff il serait très naïf de croire que c'est contre l'extrême droite et exclusivement sur ce front-la qu'il faut se battre". Enfin, le discours qui tendrait a faire croire que tout non-homo est homophobe constituerait une dérive fatale. La conclusion du tract "Pour une drague a moindre risque" diffusé par SOS Homophobie a déja anticipé la critique "Ne devenez pas paranos". "Il ne faut pas sombrer dans le politiquement correct, conclut Taguieff. Toutes les blagues ne relèvent pas d'un processus de stigmatisation... Personne ne doit accepter l'injure et la diffamation. Mais chacun doit plaisanter sur lui-même." Bref être vigilant aussi sur la vigilance...
Sébastien Galceran ex aequo février 1997

Homophobie: quelques définitions
L'homophobie est un sentiment de peur et d'aversion qu'éprouvent certaines personnes à l'égard de l'homosexualité et des homosexuel-le-s. L'homophobie peut affecter tout un chacun, hétéro- ou homosexuel, et porte préjudice en premier lieu aux gays, lesbiennes et bisexuel-le-s, mais aussi à leur famille et leurs amis.

Tirant ses origines de l'histoire judéo-chrétienne et de phénomènes culturels, sociologiques et psychologiques complexes, l'homophobie est présente à de multiples niveaux dans la société, dans le coeur et l'esprit de nombreuses personnes, dans le vocabulaire courant, dans les livres comme dans les institutions.

Intimement liée à la problématique du sexisme (domination masculine) et à des définitions stéréotypées de la masculinité et de la féminité, l'homophobie engendre des discriminations (exclusion, violence verbale, voire physique) à l'encontre des homosexuel-le-s et de leur entourage, des sentiments malaisés lorsque le sujet de l'homosexualité est soulevé, et réduit souvent les gays, les lesbiennes et les bisexuel-le-s à cacher leur orientation affective.

L'homophobie est la source d'isolation sociale, de dépressions, voire de tentatives de suicide, en particulier chez les adolescents qui découvrent leur homosexualité dans un milieu qui ne favorise pas le développement et l'acceptation de leur orientation sexuelle.

Le terme "homophobie" semble avoir été utilisé pour la première fois aux Etats-Unis en 1971, mais ce n'est qu'à la fin des années 1990 qu'il apparaît dans les dictionnaires de langue française.

Pour le "Nouveau Petit Robert", homophobe est celui qui éprouve de l'aversion envers les homosexuels, et pour "Le Petit Larousse", l'homophobie est le rejet de l'homosexualité, l'hostilité systématique à l'égard des homosexuels (1998).

Cf. à ce sujet Daniel Borillo, "L'HOMOPHOBIE", PUF, Coll. Que sais-je?, Paris, 2000
(source Lambda education)

Des moyens concrets pour combattre l’homophobie

---Opérer un vrai coming out dans les champs éducatifs des questions homosexuelles, en place et lieu où les savoirs scolaires sont délibéremment silencieux. Aborder l'homosexualité et la bisexualité dans les disciplines scolaires; là où il convient... avec tact et sensibilité...

---Questionnez discrètement les étudiants sur leur sexualité. Demandez-leur s'ils se posent des questions sur la sexualité, le fait d'être gay, lesbienne, bisexuel, ou
hétérosexuel... parce que dès 14/16 ans la sexualité est souvent très présente dans l'esprit des jeunes, même pendant les leçons qui ne s'y prêtent pas, d'autant qu'à cet âge de nombreux doutes et interrogations assaillent les élèves; leur en parler, et en profiter pour banaliser le fait d'être homosexuel(le) ou bisexuel(le)...

---Ayez quelque chose dans votre bureau ou votre classe qui mentionne la reconnaissance des relations gay, lesbienne et bi-sexuelle.
Par exemple découpez un article de journal ou de magazine pour votre tableau d'affichage. Affichez un poster centré sur les questions gays et lesbiennes et bisexuelles; ayez des brochures sur la question, accessibles et visibles...

---Intégrez l'homo-sexualité et la bisexualité dans les discussions, les projets, les tableaux d'affichages, etc. L'homosexualité doit être vue comme un autre mode de vie normal, viable, et présenté de cette manière, intégré sur une base quotidienne et non séparé comme une discussion spécifique.

----Ayez un dossier dans votre fichier pour toute information que vous pouvez recueillir sur les questions gays et lesbiennes; ayez à portée de maon des ressources locales mises à jour.

----Appelez les numéros de téléphone que vous voudriez donner à vos étudiants, pour être sûr qu'ils sont encore valables et offrent de sérieux services. Posez les questions qu'un étudiant pourrait poser. De la même façon visitez les lieux que vous indiquerez aux jeunes afin de pouvoir leur dire ce qu'ils peuvent en attendre, qui ils vont rencontrer (donnez des noms si possible), comment sera l'endroit, comment s'y rendre, les heures d'ouverture, etc...

----Soyez conscient de vos propres limites, de votre propre homophobie, et adressez l'étudiant à quelqu'un d'autre s'il devient difficile pour vous d'être compréhensif et ouvert. Plus vous vous comprenez vous-même ainsi que vos propres valeurs, plus vous pouvez être utile à vos étudiants.

---Développer ou faites connaître les lieux ou groupes ressources (groupe de soutien, groupe de parole, actions de "démythification"...) pour les étudiants gays et lesbiennes, bisexuel(le)s et leurs familles.

----Inclure des questions homo-sexuelles et bi-sexuelles pour les étudiants et lycéens, les personnels d'éducation dans le journal de l'école.

----Inclure dans son enseignement un travail d'identification des stéréotypes culturels concernant l'orientation sexuelle.

----Faire venir des adultes ouvertement gays, lesbiennes ou bisexuel(le)s dans les classes et les assemblées...

----Inclure dans tous les programmes de prévention (suicide, échec scolaire, prévention MST & Sida, etc)...

Stratégies éducatives contre l'homophobie et le sexisme:


Nous savons que les études multidisciplinaires ou interdisciplinaires enrichissent considérablement l'enseignement et la scolarité des élèves. Voici quelques pistes d'articulations entre les disciplines ou les savoirs:
-Homosexualité; une notion transdisciplinaire, voici quelques exemples:
-homosexualité et business (en sciences éco); homosexualité et démocratie (en histoire); homosexualité et ...
-homosexualité, et des populations périphériques dans la société (en sociologie)
-notion de pureté et préjugés,stéréotypes culturels...

En bref, nos actions pédagogiques ont toutes pour objectifs:
-de développer une image positive de l'homosexualité et de la bisexualité,
-d'identifier et d'éliminer les stéréotypes culturels concernant l'orientation sexuelle,
-d'esquisser une représentation correcte des rôles et contributions des homos et bisexuels à travers l'histoire, la littérature et les arts,
-de développer l'acceptation de la différence d'orientation sexuelle et la prise en compte des stéréotypes sexuels chaque fois que l'on enseigne la sexualité ou la tolérance en éducation civique.

Nous revendiquons donc le droit pour nos élèves à une éducation sexuelle plurielle, intégrant une éducation au corps dès la maternelle, une éducation au plaisir et affective, plaçant à niveau égal l'hétérosexualité, l'homosexualité, et la bisexualité, une éducation à la santé (prévention MST,Sida,contraception)- le droit à une éducation à la citoyenneté intégrant toutes les composantes de la société, y compris homosexuelle et bisexuelle, dénonçant les discriminations et les stigmatisations subies par certaines populations, y compris homophobes et sexistes- le droit à un savoir sans exclusive, incluant toutes les connaissances occultées en littérature, histoire, culture... ayant trait de près ou de loin avec l'homosexualité.


Une loi contre l'incitation à la haine sexiste et homophobe:
(...) Considérant qu'il est indispensable, afin que le sexisme et l'homophobie soient enfin considérés comme contraire à l'ordre public, que le législateur intervienne à nouveau pour que soient respectés les principes d'égalité et liberté (...) Considérant enfin l'article 13 du Traité de Rome modifié par le
Traité d'Amsterdam qui dispose: Le Conseil de l'Union Européenne "peut prendre les mesures nécessaires, en vue de combattre toute discrimination fondée sur le sexe, la race ou l'origine ethnique, la religion ou les convictions, un handicap, l'âge ou l'orientation sexuelle".
Nous proposons les modifications qui suivent:
Art1:MODIFICATION DE L'ARTICLE 2-6 DU CODE DE PROCÉDURE PÉNALE
(afin que les associations régulièrement déclarées depuis cinq ans puissent se porter partie civile dans le cadre d'un procédure contre des incitations à la haine homophobe et sexiste).
Art2:MODIFICATION DE L'ARTICLE 225-1 DU CODE PÉNAL
(ajout de la notion "d'orientation sexuelle)
Art3:MODIFICATION DE L'ARTICLE 24 alinéa 6 de la loi du 29 Juillet 1881 (modifié par la loi 72-546 DU 1er Juillet 1972)
(pour les sanctions envers ceux ayant provoqué haine, violence ou discrimination à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle -vraie ou supposée.
Art4:MODIFICATION DE L'ARTICLE 32 DE LA LOI DU 29 JUILLET 1881
( question de la diffamation)
Art5:MODIFICATION DE L'ARTICLE 33 alinéa 4 & 3 de la loi du 29 Juillet 1881
( question de l'injure)
Art6:MODIFICATION DE L'ARTICLE 48-1 de la loi du 29 Juillet 1881
Art7:AJOUT D'UN ARTICLE 48-4 de la LOI du 29 Juillet 1881:
(sur l'exercice des droits reconnus à la partie civile)
Art8:AJOUT D'UN ARTICLE 48-4 de la loi du 29 Juillet 1881
(instituant une autorité administrative indépendante chargée de veiller à l'application des dispositions du projet de loi)

Une politique de prévention:
Parce que la répression ne peut suffire à effacer des siècles de réflexes de haine et de rejet homophobes, le gouvernement doit engager une vraie politique de lutte contre l'homophobie, à l'instar de celles menées contre le racisme ou l'antisémitisme, le sexisme.
1-Organiser des campagnes nationales contre l'homophobie
(spots tv, affichages,...)
2-Accorder l'asile politique aux victimes de persécutions en raison de leur sexe ou de leur orientation sexuelle.
3-Sensibiliser et former les travailleurs sociaux, les professeurs, et les policiers.
4-Représentations positives des gais et lesbiennes... auprès des jeunes gais et lesbiennes (média, cinéma, tv, livres...)
5-Soutenir les associations luttant contre l'homophobie
6-Favoriser le développement d'études gaies et lesbiennes en France
7-Créer une autorité administrative chargée de coordonner des actions contre les discriminations et l'incitation à la haine.

Novembre 1999
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